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Rècit de voyage à Oued Rhiou

Le sifflement strident du train retentit comme pour réveiller une campagne assommée par un soleil de plomb et ravagée par des vents brûlants et poussiéreux. Il faut dire que les étés dans les vastes plaines du bas cheliff et dans l'ensemble des piémonts de l'Ouarsenis sont parmi les plus torrides de l'ouest septentrional. La prochaine halte n'est guère lointaine : la répétition des sifflements de la locomotive et les changements de rythme des bruits provenant des roues des voitures en sont les signes annonciateurs. Les roulements cadencés à la manière du tambour sont remplacés par un fracas de ferraille assourdissant et inquiétant. Les passagers du train, somnolents et exténués par tant de chaleur, sont tirés subitement de leur sommeil qui pour se préparer à quitter le train, qui pour s'informer de la prochaine halte, du prochain village, de l'heure, du marchand de café, des enfants parfois. Le train glisse jusqu'au niveau des quais gris et poussiéreux et, d'un mouvement très souple, s'immobilise pour permettre à quelques passagers de s'en extraire dans un soulagement que seuls les mouvements hâtifs et désordonnés des corps savent exprimer.


Oued Rhiou était et demeure encore la ville du melon et de la pastèque bénis par ses saints patrons Sidi Bou Abdellah et Sidi Abed. Nichée en contrebas de collines et montagnes rocheuses que les Rhiouis appellent les Seffah, la petite ville domine par le sud la vaste vallée parcourue par les longs méandres du Chellif et porte un regard vers le nord sur les Dahra qui se dressent au fond telle une interminable muraille dont les flancs, formée de rochers et de terres argileuses hâchées par de nombreux ravins et ravines et autres chaâbas, renvoient des reflets dominés par le marron brunâtre et parcourues, ici et là, par des lueurs grises d'une roche mère mise à nu par une érosion inlassable.


La gare de train se trouve à l'extrémité basse de la ville et pour regagner la maison de ma tante il me faut attaquer une pente de près de cinq cents mètres, et traverser à mi chemin l'artère principale que constitue le centre-ville et qui n'est autre que la route nationale menant tout droit à la capitale. A seize heures et quelques poussières, et c'est le cas de le dire pour un jour de juillet, il n'y a pas encore âme qui vive dans les rues. Enfin presque. Ma tante habite une maison de deux pièces - cuisine - courette située dans un lotissement construit après le séisme de 1954. On l'appelle la Cité des Sinistrés. Je frappe à la porte en bois peinte dans une couleur marron sombre et une minute plus tard on m'ouvre.


J'ai Itransformè mes étés en un pèlerinage incessant vers ma ville natale jusqu'à l'âge de seize ans. Mes vacances d'été passés chez ma tante étaient perçus comme un traitement devant recharger mon corps de plein de soleil pour, ainsi, mieux combattre en hiver les effets pernicieux de l'humidité ambiante de notre trois pièces situé dans les bas quartiers de la ville d'Oran.

 

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OUED RHIOU ex. INKERMANN vous remercie pour votre visite WebMaster Dr KRIM ARBI
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