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Colonisation du bas-chéliff

Dans un rapport daté. d'Alger, le 9 juillet, le général Bugeaud rend compte des opérations militaires effectuées dans la province d'Oran, et signale les résultats avantageux obtenus par la colonne du Chéliff, aux ordres du général d'Arbouville. Plusieurs tribus ou fractions de tribus ont continué leur soumission. Tout porte à croire que celle du reste ne se fera pas attendre.

A son retour de sa campagne au sud de Mascara, le général de Lamoricière s'est porté sur la Haute-Mina et a pris position à Fortasa pendant quelques jours, afin de couvrir de là nos alliés de la Basse-Mina et du Bas-Chéliff jusqu'au retour du général d'Arbouville. Il étoit aussi à portée de protéger la plaine de Gheris. 11 avoit devant lui Abdel-Kader avec 300 chevaux réguliers et 7 à 800 cavaliers de la portion insoumise des Flittas. Il a employé son séjour à moissonner les Wés ennemis, ét il a dirigé sur Mascara un millier de quintaux métriques d'orge ou de froment.

A Mostaganem il reçut la soumission de la puissante famille des Arribis; ce fut pour la France une excellente acquisition ; les Arribis, marabouts de père en fils, exerçaient sur le bas Chelif une immense influence, et leur chef Ben-Abd alla-Ould Sidy Arribi, commandait plus de 600 cavalière; l'Émir fut piqué au vif de la défection d'un personnage dont le pouvoir pouvait balancer le sien dans le Dara; il voulut en tirer une vengeance éclatante; Milou*Ben«AraIch et Mohammet-Ben-Àllal-OuldSidy-Embarreck, réunirent toutes leurs forces régulières, convoquèrent le contingent des tribus qui leur obéissaient encore, et vinrent tomber tout-àcoup sur les populations soumises de la rive gauche des bas Chélif, qui trop faibles pour leur résister, se hâtèrent de mettre la rivière entre leurs tentes et les assaillants; la belle et patriarcale demeure des Arribis fut réduite en cendre. Après cet exploit, les ennemis apprenant que le général Changarnier s'avançait du côté de Miliana, craignirent d'être pris entre deux feux» et se retirèrent rapidement au sud. Le gouverneur était encore à Mostaganem quand il apprit ces événements; il hâta les préparatifs de la grande expédition qui devait remonter leChélif, et se rendit le 14 mai 1842 à Mazéra, où sous la protection de trois bataillons d'infanterie se déjà réuni un convoi de 1,500 bêtes de î, fournies par les tribus. Les forces qu'il amenait de Mostaganem comptaient, y compris la division d'Arbouville, un total de 4,000 baïonnettes. La cavalerie arabe avait reçu pour rendezvous général un lieu nommé Sidi-Bel-Assel, où se trouvait un gué sur la Mina. Leurs fidèles contingents s'y réunirent au nombre de plus de 2,500 chevaux; après un jour consacré à mettre un peu d'ordre dans une armée composée d'éléments si hétérogènes, le gouverneur franchit sans obstacle la Mina et le Chélif, et entra sur le terrain des Beni-Zérouel, tribu Kabyle puissante et fanatique, qui s'était constamment fait remarquer par son hostilité; c'était un mauvais voisinage pour nos alliées, surtout au moment ou leurs guerriers allaient s'engager dans une expédition lointaine. Pendant deux jours les Beni-Zérouel furent poursuivis, dispersés, traqués dans tous les sens; on leur fit 250 prisonniers; on leur prit 2,500 têtes de bétail, mais on ne put leur arracher un seul acte de soumission; comptant sur la terreur répandue par ce châtiment, le générai Bugeaud reprit sa route, marchant à petites journées, pour donner le temps aux tribus qui voudraient se soumettre de lui envoyer des députés. Ce refard fut à peu près du temps perdu; ou a pu voir qu'Abd-el-Kader avait aussi des châtiments pour ceux qui abandonnaient sa cause; c'était la première fois que le drapeau français remontait la vallée du Chélif; les Arabes qui nous avaient vu tant de fois revenir sur nos pas, s'imaginaient que nous passerions eomme un orage; débarassé d'Abd-el-Kader, qui pouvait encore ravager le pays mais non le gouverner, chaque chef de tribu, souverain dans son petit cercle, était peu pressé de se donner un nouveau maître.

Le gouverneur se détourna de sa route pour aller de sa personne visiter Mazouna, petite ville en ruines, à quatre lieues de la rive droite de la rivière, encore peuplée de près de 4,000 Turcs, Coulouglis ou Hadars. A l'approche des Français les Arabes les avaient forcé d'évacuer leurs maisons, et le général n'y trouva que deux ou trois cents malheureux, errans dans des masures qui déparaient les bois d'orangers et le délicieux paysage des alentours.

Le 24 mai 1842, la colonne entra sur le territoire des Sbéas, peuplade belliqueuse et piilarde, très redoutée de ses voisins; deux des chefs en disgrâce sous le gouvernement de l'Émir vinrent au camp français faire des ouvertures qui donnaient à croire que tous leurs contingents allaient se soumettre; mais cet espoir ne se réalisa pas, et le gouverneur, pressé d'armer daus la Mitidja, prit alors le parti de borner son action immédiate à instituer dans leDara un pouvoir rival de celui d'Abd-el-Kader; il choisit pour ce but Abd-Allah Arribi qui lut élevé à la dignité de Califat du Dara. Le gouverneur voulut donner à son installation une pompe qui put agir sur l'imagination impressionable des Arabes ; les cavaliers indigènes formèrent un grand demi-cercle, dont les Français occupèrent l'autre moitié : au centre se placèrent l'artillerie, la musique, l'état-major, enfin le gouverneur lui-même et le nouvel élu; après des fanfares et des marches guerrières, le général Bugeaud à haute voix et au nom du roi des Français, proclama Ben-Allah Ould-Sidy-Arribi Califat du Dara, et lui donna pour aga Bou-Meddin, caïd des Mahallas: Les nouveaux dignitaires reçurent leurs burnous d'investiture, et la cérémonie se termina par des fantasias et des décharges de mousqueteiïc, passe-temps guerriers chéris des Arabes.

A peine la cérémonie était-elle terminée que l'on vit tout-à-coup arriver à bride abattue cinq cavaliers arabes blessés et dans un état pitoyable; ils appartenaient aux Ouled-Ci ouidem, nouveaux alliés des Français. Ils s'étaient mis en marche sur l'ordre du gouverneur pour venir le rejoindre; à une heure du camp les Sbéas étaient tombés sur eux, leur avaient tué leur caïd et plusieurs eavaliers, et les avaient forcé de rebrousser chemin. Il était urgent de châtier une pareille insolence. Le général Bugeaud partit de son camp le 26, à deux heures du matin; au point du jour on rencontra les Sbéas qui fuyaient vers le sud. Nos auxiliaires arabes se battirent assez bien, mais une fois gorgés de butin, ils disparurent pour le mettre en sûreté, malgré tous les efforts de leurs chefs pour les ramener au combat. L'infanterie française se trouvant alors la première en ligne, jeta ses sacs pour courir plus vite après les Sbéas qui s'enfuirent pendant deux heures. On prit une immense quantité de bétail; suivant l'habitude des Arabes, les Sbéas vinrent tirailler contre la colonne rentrant dans son camp. Des retours offensifs les repoussaient toutes les fois qu'ils approchaient de trop près; ils perdirent plus de 200 cavaliers dans cette série d'escarmouches. Le lendemain, le gouverneur donna un jour de repos à ses troupes, espérant à chaque instant la soumission des Sbéas. Personne ne parut; il fallut attendre un jour de plus, et le28 seulement arrivèrent quelques chefs. Ils prièrent le général de leur pardonner ce retard, en disant qu'ils avaient passé toute la journée de la veille à enterrer leurs morts. Invités à suivre la colonne dans la Mitidja, ils s'excusèrent en disant que presque tous leurs gens les plus vigoureux avaient péri ^ dans le combat, et qu'à peine s'il leur en restait ^ assez pour faire la moisson; plutôt que de perdre son temps à les poursuivre, le gouverneur n'insisla pas davantage et continua sa route.

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